Vingt ans au service du français

Vincent Breton vincent.breton@tc.tc
Publié le 11 novembre 2016

ABC Lotbinière propose des services de francisation depuis plusieurs années.

©Photo TC Media – Vincent Breton

SOCIÉTÉ. L’organisme ABC Lotbinière célèbre son 20e anniversaire cette année et la demande ne s’est jamais estompée.

En 1996, le ministre de l’Éducation de l’époque, Jean Garon, voulait multiplier les organismes d’alphabétisation partout au Québec. C’est donc le 15 novembre de cette même année qu’ABC Lotbinière commençait son œuvre.

Au début, une seule personne s’était présentée pour suivre des cours de français. Pour l’année 2015-2016, quelque 330 personnes bénéficiaient des services de l’organisme. «On est obligé de refuser des gens. On aimerait pouvoir engager pour offrir plus de cours et répondre à la demande», commente Denis Gauthier, fondateur. L’organisme vit grâce à une subvention du ministère de l’Éducation. Celle-ci n’a pas été indexée depuis près de huit ans.

Une chose qui n’a pas beaucoup changé depuis 1996, selon M. Gauthier, est la difficulté de rejoindre ceux qui auraient besoin de cours d’alphabétisation. «Certains ont honte de leur situation. Les gens ont l’impression qu’être analphabète veut dire qu’on n’est pas intelligent. Ce n’est pas vrai», clame le directeur.

Ce dernier souligne toutefois que la moyenne d’âge des étudiants en alphabétisation tend à diminuer depuis quelques années. M. Gauthier note que depuis environ six ans, des jeunes, qui ont parfois 16 ans, cognent à la porte d’ABC Lotbinière. «Ça démontre qu’il y a de plus en plus de jeunes qui veulent réussir et qui veulent se mettre à niveau pour finir leur secondaire.»

Xavier (chandail rayé) et Maude (à l’extrême droite) sont entourés de leurs étudiants en francisation Antonio, Fatima, Tien et Isabel.
Photo TC Media – Vincent Breton

Diversification

ABC Lotbinière ne fait plus que de l’alphabétisation. L’arrivée constante d’immigrants ne parlant pas français a amené l’organisme à développer un service de francisation. Des adultes de près d’une vingtaine de pays sont passés par les locaux de l’organisation de Saint-Flavien.

Denis Gauthier révèle par ailleurs qu’il veut tenter une nouvelle approche cette année, cette fois auprès des agriculteurs qui embauchent de la main-d’œuvre étrangère. Pour le directeur d’ABC Lotbinière, la communication peut parfois être difficile entre l’employeur et son travailleur à cause de la langue. L’ouvrier se retrouve aussi isolé socialement en raison de son manque de connaissances en français.

Des représentants d’ABC Lotbinière réuniraient alors des travailleurs étrangers de quelques fermes pour leur apprendre leur métier en français. Dans un second temps, ces ouvriers seraient invités à suivre des cours de francisation de façon à développer le côté social et, incidemment, à rester dans la région.

L’organisme se déplace aussi dans les entreprises de la région, notamment pour familiariser les employés aux nouvelles technologies.

Toujours près de 30% d’analphabètes

Selon les données d’ABC Lotbinière, le taux de personnes analphabètes, fonctionnelles ou non, est demeuré relativement stable depuis des années. Il tourne autour de 30 %.

Le directeur de l’organisme, Denis Gauthier, reconnaît que le spectre d’analphabétisation est très large. Il peut aller de la méconnaissance de l’alphabet à des difficultés de compréhension de l’écrit.

Sans jeter la pierre à qui que ce soit, M.  Gauthier se pose des questions sur les raisons qui expliquent que le tiers de la population démontre des difficultés à lire, à comprendre un texte ou à écrire, même si l’école est obligatoire. À tout le moins jusqu’à 16 ans.

Selon lui, c’est peut-être le format dans lequel les élèves évoluent à l’école qui est trop rigide. Denis Gauthier constate que tant qu’un jeune répond aux normes et suit le processus normal d'apprentissage, tout va bien. Cependant dès qu’il présente des difficultés d’apprentissage, de l’hyperactivité ou un autre problème qui y est associé, il est largué. Il déplore à ce sujet les nombreuses coupes en éducation.