Issu d’une famille d’entrepreneurs funéraires de Trois-Rivières, Jean Garneau ne tenait pas particulièrement à devenir thanatopracteur, mais comme son grand-père, son père et ses deux frères avaient tous dirigé une maison funéraire, l’héritage familial l’a bien vite rattrapé. En effet, incité à reprendre l’entreprise de son père, Jean Garneau est allé faire son cours de thanatopracteur à Montréal, pour éventuellement reprendre les affaires familiales.
S’il pensait rentrer au bercail et «l’avoir facile parce que son père était le boss», il a plutôt été surpris lorsque celui-ci l’a envoyé à Saint-Romuald, en 1967, pour faire un stage auprès de Claude Marcoux.
«J’ai dit à mon père, “Saint-Romuald, c’est où ça?”. Quand je suis arrivé ici, M. Marcoux, qui était un ami de mon père, m’a dit “Le petit Garneau, je te prends parce que ton père me le demande. Je n’ai pas besoin de toi, donc si tu ne fais pas la job, demain tu ramasses tes guénilles et tu retournes chez vous”. C’était manigancé avec mon père, parce qu’il disait que je n’écoutais pas. À 20 ans, on écoute un peu moins», raconte Jean Garneau.
Ce qui devait être un stage d’un mois s’est avéré devenir un séjour de quatre ans à Saint-Romuald, notamment en raison de sa future femme, qu’il a rencontré là-bas. C’est son père qui a tenté de le rapatrier à Trois-Rivières, mais comme sa vie, son amoureuse et ses amis étaient désormais à Saint-Romuald, il est resté seulement quelques temps dans sa ville natale pour revenir en Chaudière-Appalaches.
À son retour, alors qu’il ne possédait presque rien, il est allé à la caisse populaire du coin, il a emprunté 150 000 $ à 21 % d’intérêt et il a utilisé cette somme pour acheter sa première résidence funéraire, le funérarium Claude Marcoux.
«Il y avait trois employés que je n’ai pas pu garder, parce que je devais rembourser les intérêts du prêt, explique Jean Garneau. Ç’a donc été presque 10 ans à travailler sept jours sur sept. On a fait notre nom, on a grandi et ç’a pris de l’expansion, puisque j’ai acheté plusieurs maisons funéraires. En 1980, on faisait environ 100 funérailles par année. Le jour, je faisais des funérailles et je rencontrais les familles, le soir je faisais la thanatologie et je lavais les voitures. Cette année, 45 ans après, on a fait environ 1 000 funérailles.»
Une histoire de famille
Maintenant qu’il est à la retraite, Jean Garneau travaille seulement cinq jours par semaine dans l’entreprise. C’est donc sa fille, Marie Eve Garneau, qui a repris les rênes du Groupe Garneau Thanatologue seule, en 2023, à la suite du décès de sa sœur, Valérie Garneau. La nouvelle directrice générale dirige l’entreprise avec une vision familiale, celle qui a permis au groupe de grandir.
«On est une entreprise familiale et ça ne changera pas. C’est notre famille au service de la vôtre, lance-t-elle. On a toujours joué là-dessus. C’est ce qui fait qu’on a parfois des compréhensions et des visions différentes des grosses corporatives. Chez nous, tu n’es pas un numéro. Il n’y a pas de famille unique, donc on veut adapter nos pratiques pour les besoins des familles. À partir du moment où ça va devenir un numéro après un autre, on va passer à quelqu’un d’autre.»
Avec l’arrivée des filles dans l’entreprise, le Groupe Garneau Thanatologue a beaucoup évolué pour proposer une offre actuelle qui répond aux besoins des réalités actuelles. En ce sens, Marie Eve Garneau a espoir que son neveu Raphaël, qui travaille maintenant avec elle, et sa fille Kennedy, qui fait présentement sa technique en thanatologie, pourront reprendre le flambeau avec ce même esprit, même si cela apporte de la pression.
«Tu veux toujours essayer de laisser l’entreprise dans un meilleur état que ce que tu as eu. Et le domaine a tellement changé depuis que je suis née dans un salon funéraire à maintenant, qu’il faut s’adapter et miser sur le volume. Cela dit, d’un point de vue qualité, ça ne changera pas. C’est notre essence, c’est qui on est et on aura toujours les mêmes pratiques», ajoute Marie Eve Garneau.