Dans cet album jeunesse, le personnage de Théa souhaite avoir des yeux bleus comme ceux de son amie Francine. Déterminée à changer ce qu’elle voit dans le miroir, elle envisage différentes solutions toutes aussi improbables les unes que les autres. C’est au fil de ses rencontres qu’elle découvre toutefois la valeur de son unicité.
Si cette histoire a été inspirée de faits vécus par la fille de Marie-Eve Leclerc-Dion et celle de son illustratrice, Elodie Guyard, elle ne devait pas être publiée sous forme de livre à l’origine.
«Ma fille et celle d’Elodie Guyard sont amies depuis la pouponnière. Vers quatre ans, la fille d’Elodie a dit qu’elle aimerait avoir les yeux bleus comme ceux de ma fille, parce qu’elle n’aimait pas les siens, qui sont bruns. Ça m’a tellement pincé le cœur, parce que je trouvais ça triste qu’une enfant de quatre ans soit déjà dans la comparaison et dans l’insatisfaction de son corps. Je pense que ç’a résonné avec une propension que j’avais, moi, à me comparer, plus jeune. Je me suis dit que peut-être que l’amour de soi, il faut l’enseigner. Peut-être qu’il n’est pas inné. Au départ, je voulais lui écrire une histoire pour lui dire à quel point ses yeux sont beaux. Ça devait être un projet maison, mais j’ai découvert qu’Elodie savait illustrer. On a donc commencé à faire ça ensemble et on avait tellement d’inspiration que je l’ai envoyé à mon éditrice et ça s’est transformé en projet BD», explique l’autrice.
De l’humour pour passer un message
Fidèle à son habitude, Marie-Eve Leclerc-Dion a écrit ce livre avec en tête l’idée de faire rire autant le public plus jeune, que le parent qui lit avec son enfant. Pour elle, le plaisir de lire doit toujours être central dans une histoire, puisqu’il permet de partager un bon moment avec son enfant.
«Quand j’écris des livres, j’ai deux publics, l’enfant et le parent. L’album pour enfant est souvent de la colecture, puisque c’est souvent le parent qui lit. Je veux donc faire des blagues ou des clins d’œil aux deux. Au début, quand j’envoyais des manuscrits à des maisons d’édition, je me faisais souvent refuser, parce qu’il y avait trop de blagues pour les adultes. Pour moi, ce n’est pas grave. Dans Prête-moi tes yeux, les enfants n’ont pas la référence du personnage de Drago, inspiré du personnage du film Rocky, mais ça ne change pas l’histoire. Parfois, les blagues font rire les adultes et les enfants comprennent qu’il y a une tension humoristique et ils vont rire quand même. Je pense que c’est égoïste de ma part, parce que je suis une mère et j’aime éprouver du plaisir en lisant les livres avec mes enfants. J’aime qu’on ne m’oublie pas comme public», lance la Lévisienne d’origine.
Bien que le rire et le plaisir de lire soient au cœur de la démarche de Marie-Eve Leclerc-Dion, son livre peut être une porte d’entrée vers des discussions plus importantes. Selon elle, il doit y avoir un équilibre entre les leçons et le plaisir.
«Tu ne veux pas seulement leur donner des livres sur des sujets qui habitent les adultes. Il doit y avoir une variété de livres avec certains qui sont seulement pour le plaisir, mais à travers tout ça, j’ose croire que c’est intéressant d’offrir des livres qui parlent de nos valeurs. J’ai l’impression de perdre du temps à juger mon corps, à le comparer ou à désirer des choses que je n’avais pas. Je me dis que si ma fille pouvait ne pas passer par là, ce serait génial. Il y a des sujets qui m’habitent, mais j’essaie toujours d’amener assez de plaisir pour que ça ne soit pas lourd pour l’enfant de recevoir ça», ajoute l’autrice.
Avec son livre, Marie-Eve Leclerc-Dion espère pouvoir créer un dialogue entre les enfants et leurs parents.
«Les enfants ont envie de parler de plusieurs concepts. Ce qui est agréable avec des livres comme ça, c’est que ça peut engendrer de belles discussions avec nos enfants après. Il faut qu’ils se sentent à l’aise d’en parler. S’il y a une partie de leur corps qu’ils n’aiment pas, on peut en parler et le dédramatiser. S’ils veulent toujours ce que leurs amis ont, ils font en parler et trouver une solution», conclut-elle.