(Crédit photo : Jonathan Borba - Unsplash)

ÉCONOMIE. À moins de 24 heures de préavis, les restaurants du Québec ont été obligés de fermer leurs portes la veille du jour de l’an. Ceux de la MRC de Lotbinière n’y ont pas échappé. Si certains de ces entrepreneurs s’en tirent mieux, d’autres sont poussés dans leurs derniers retranchements.

C’est un cri à l’aide que lance la propriétaire de Station Rustique à Laurier-Station, Véronique Perron, «ça ne va pas bien, a-t-elle confié d’entrée de jeu. Je ne peux pas arriver, je ne suis pas certaine que je vais passer à travers.» La vente de plats prêts à emporter ne suffit plus. De plus, elle a remarqué une baisse de ses ventes par rapport aux dernières fermetures.

Depuis son ouverture en novembre 2019, le restaurant navigue entre périodes d’ouverture et de fermeture. Le plan d’affaires ainsi que les prévisions ne sont plus valides. La femme d’affaires n’a pas été en mesure de terminer une année financière sans être obligé de fermer les portes du restaurant. «Personne n’est capable de mettre de l’argent de côté dans cette situation.»

Les derniers mois ont été difficiles pour Mme Perron qui dit vivre quotidiennement de l’angoisse, du stress, de la panique et des inquiétudes. «Ma situation est critique. Je ne sais pas si je vais m’en sortir. Si je fais faillite, je perds tout, pas seulement le restaurant, mais ma maison aussi.»

Le rachat des parts de son associée cet été lui a aussi pris beaucoup de temps et d’énergie. Elle a fermé son établissement pendant cette période. Il a seulement rouvert le 15 octobre et a été refermé le 31 décembre. La période des Fêtes laissait entrevoir la possibilité d’accueillir plusieurs groupes. Cependant, les annulations ainsi que la fermeture des établissements du 31 décembre l’ont privée de revenus intéressants.

«Il faudrait qu’à la réouverture, ma salle à manger soit pleine à craquer tous les jours pour que je puisse avoir une chance de sortir de cette situation précaire.» Toutefois, lorsqu’elle pourra le faire, elle pourra compter sur son chef et le personnel de cuisine ainsi que sur sa gérante. «Ce qu’il me manque ce sont des serveurs.»

Actuellement, elle maintient la tête hors de l’eau grâce aux différents programmes gouvernementaux. Elle peut payer ses factures et les salaires, mais elle s’interroge sur le temps que cela durera.

D’autres, plus chanceux

De l’autre côté du spectre, certains restaurateurs réussissent à tirer leur épingle du jeu. Même si leur situation n’est pas rose et les pertes de revenus présentes, leur modèle d’affaires leur sert. La Maison de Blanche et Zéphirin de Saint-Narcisse-de-Beaurivage a sa salle à manger à même la résidence de ses propriétaires, Julien Larochelle et France Garon.

«Nous sommes capables de contrôler les sorties d’argent. Évidemment, on ne s’est pas enrichi dans les deux dernières années, mais on n’est pas en train de mettre la clé sous la porte. On l’a fait sans prêts. Nous sommes passés à travers toutes les craques de tous les filets», a expliqué Mme Garon.

Les plats prêts à emporter ainsi que les livraisons leur ont permis de maintenir une source de revenus pendant les diverses fermetures. Quant à la fermeture du 31 décembre, les restaurateurs l’avaient anticipée et ont planifié en conséquence.

«Au cours des 15 dernières années, on prenait congé entre Noël et le jour de l’an. Quand c’est arrivé, on était en vacances. On se trouve chanceux, on n’a pas eu besoin de réagir en panique, spontanément, et de se mettre en mode survie comme lors des autres fermetures», a rajouté Mme Garon. Malgré tout, «la montagne russe d’émotions» vécues depuis deux ans commence à les user, admet-elle.

De son côté, Gaston Couillard, chef propriétaire du Domaine de l’Oie Toquée à Saint-Agapit profite aussi des avantages de son modèle d’entreprise. «Je n’ai pas une grosse entreprise, c’est ce qui m’aide beaucoup. C’est le modèle parfait par rapport à ce contexte. Je me sens choyer par rapport à ce que je vis», a-t-il soutenu. La plus récente fermeture lui permet d’effectuer différents travaux de rénovation.

Il a usé de créativité lors des premières vagues de fermeture. Boîtes repas pour cinq jours, tables d’hôte à emporter les fins de semaine et repas servis à même les chambres de son gite lui ont permis de maintenir son entreprise active. De plus, au cours des deux derniers étés, il a accueilli les membres de Terego (Terroir en VR). Près de 250 VR s’y sont arrêtés pour des séjours d’une nuit.

Malgré tous ses efforts, il estime que son chiffre d’affaires a fondu de 20 à 25 %. De plus, il a été obligé de laisser tomber une partie de son entreprise. Avec sa fille, il avait ouvert un service de pâtisserie. Un an de travail avait été nécessaire. «Nous avons opéré six mois, nous avons mis beaucoup d’énergie et on y croyait, mais nous avons arrêté. Ma fille est partie travailler dans un autre domaine», a-t-il illustré.

La MRC de Lotbinière compte 44 restaurants, dont 12 franchisés, 10 casse-croûtes ouverts seulement l’été et 12 restaurants indépendants.

Des aides pour les restaurateurs

Le service aux entreprises de la MRC de Lotbinière coordonne tous les programmes d’aide gouvernementaux liés aux mesures sanitaires. De plus, il peut agir à titre de conseiller pour supporter les restaurateurs et les entrepreneurs dans la préparation de leur demande d’aide.

Les restaurateurs de la région ont pu bénéficier des différents programmes gouvernementaux mis en place pour soutenir les entreprises, dont le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME), ainsi que l’Aide aux entreprises en région en alerte maximale (AERAM). D’ailleurs, ces programmes sont encore accessibles aux entrepreneurs, a expliqué la responsable du service aux entreprises de la MRC de Lotbinière, Danielle Raymond.

«Ce sont des mesures qui ont aidé beaucoup en Lotbinière. Elles sont toujours actives et plusieurs en ont profité. Le gouvernement nous dit de continuer et si l’enveloppe est vide, on nous prêtera à nouveau des fonds.»

Les aides sont offertes sous forme de prêt, dont une partie qui est pardonnable. Le reste devra être remboursé avec un taux d’intérêt de 3 %. «Au début, il y a un moratoire sur le remboursement, le temps que les commerces rouvrent. Ensuite, nous prenons des ententes sur le paiement de la partie non pardonnable», a-t-elle illustré.

Danielle Raymond reconnaît que le processus peut prendre du temps, mais s’il est bien fait dès le départ, il évite de mauvaises surprises aux commerçants au moment de la reddition de compte. «Si la comptabilité n’est pas faite avec suffisamment de rigueur, il se peut que le montant pardonnable soit moins élevé.»

Par ailleurs, malgré les obstacles, les restaurateurs de la MRC de Lotbinière ne sont pas restés passifs devant l’adversité. Plusieurs ont innové pour maintenir leur entreprise à flot, a salué Danielle Raymond. «Ils ont été ingénieux.»

Elle cite, entre autres, la Maison de Blanche et Zéphirin qui ont développé un service de plats à emporter. De son côté, la Boucanerie Del Tonio a loué un local à Sainte-Croix et conclu des ententes avec quatre commerces de la MRC pour distribuer des plats prêts-à-manger. La Fin d’la faim est derrière le groupe La Tablée de Lotbinière où sont partagés les menus des restaurants, des vidéos, des concours et des recettes. «Je leur lève mon chapeau. Plusieurs essaient différentes propositions pour s’en sortir», a affirmé Mme Raymond.

 

 

 

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