Le comédien Patrice Coquereau veut sensibiliser la population du Québec aux problèmes liés à l’anxiété et aux phobies. (Crédit photo : Mélanie Labrecque)

SOCIÉTÉ. Le comédien Patrice Coquereau s’est lancé tout un défi, celui de sensibiliser les Québécois aux troubles anxieux. Pour y arriver, il a décidé d’entreprendre une grande marche de 570 km qui le mènera de Longueuil à Rimouski. Parti le 11 juillet dernier, il était de passage à Leclercville le 25 juillet et devrait arriver à Rimouski entre le 20 et le 25 août.

Depuis le début de son périple, les gens viennent naturellement s'ouvrir à lui. Il recueille et enregistre ces témoignages et il a été étonné par ce qu’il a entendu. «C’est fécond, c’est riche, c’est porteur. Ça va au-delà de ce que j’imaginais. […] Plein de gens s’arrêtent sur la route. Ils se confient spontanément. Ils sont de toutes les conditions sociales et économiques ainsi que de toutes professions. […] Quelques fois même, on me raconte des trucs bouleversants.»

D’ailleurs, toute cette aventure a changé le regard qu’il avait sur les autres. Ces rencontres lui ont rappelé que chaque personne est un livre dont on ne voit que la couverture. «On ne sait pas qui est devant soi et ce qu’il a vécu.»

L’idée de la marche Pas à pas est née spontanément. Pendant un an, le comédien a tenté de vendre, sans succès, aux diffuseurs le concept d’un documentaire sur les troubles anxieux. «Je me suis dit que j’allais faire un geste d’éclat pour que ce soit visible. Il fallait que je rencontre des gens sur le terrain et puis ça m’est venu spontanément il y a un mois et demi. Du moment que j’ai décidé ça, tout s’est mis en place.»

Il souhaite maintenant que tous puissent parler de ces problèmes librement, sans peur d’être jugé. «Le suicide, la dépression, le burn-out, ça existe. Arrêtons de nous voiler la face et de le minimiser.»

Engagement personnel

Lorsqu’il parle de la cause, Patrice Coquereau est passionné. Il faut dire qu’il sait de quoi il parle. Il a souffert d’anxiété sévère pendant plusieurs années. Un joint fumé un soir d’octobre 1983 a complètement bouleversé sa vie.

«Mon monde s’est effondré, mes repères initiaux se sont fragmentés. Il a fallu que je réapprenne à vivre au quotidien. Tout était compliqué. Cela a été un très long chemin pour retrouver l’équilibre. Il a fallu que j’aille dans les extrêmes. […] Mon métier m’a aidé à aller vers l’inconnu. Je me suis dirigé où ça me dérangeait le plus.»

Depuis, il a écrit un livre, Guérir à gorge déployée et donne des conférences sur la question. C’est ce qui lui a ouvert les yeux. «Les chiffres officiels vont jusqu’à 20 % de la population. Je pense que c’est plus, puisqu’il y en a une grande partie qui est occultée et cachée. […] Je réalise à quel point les gens ont besoin d’espace, d’être validé, épaulé, de pouvoir parler. En même temps, il y a cette crainte d’être stigmatisé parce qu’on vit dans un monde d’étiquettes.»

Fort de cette expérience, il invite ceux qui doivent composer avec ces difficultés à foncer. «Allez vers l’inconnu, même si c’est confrontant.»

Les jeunes aussi

Ce qui l’attriste le plus, c’est de voir que les plus jeunes, enfants et adolescents, sont aussi rattrapés par cette culture du paraître qui vient créer une grande détresse chez eux.

Certains qu’il a rencontrés lui ont parlé de leurs craintes de se sentir inadéquat, incapable de performer, d’avoir des échecs à l’école, des pensées suicidaires… «C’est très inquiétant et c’est mondial. Il y a une culture qui prévaut, il y a un modèle où ceux qui ne rentrent pas dans le moule sont mis de côté. Il y a quelque chose d’absolument épouvantable», se désole-t-il.

 

 

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