Par Agence Science-Presse - www.sciencepresse.qc.ca
L’Homo sapiens est en effet le seul primate à être doté d’un menton. Même nos cousins néandertaliens n’en avaient pas. Et bien que la biologie ait généralement tendance à considérer que si deux espèces cousines ont une grosse différence anatomique, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison, cette vision «utilitaire» de l’évolution est incorrecte, commente dans le New Scientist l’anthropologue Noreen von Cramon-Taubadel, de l’Université de Buffalo, auteure principale d’une étude parue dans la revue PLoS One.
«L’évolution, qui aurait donné un avantage à cette espèce avec cette “nouveauté”, est souvent plus désordonnée et moins dirigée que les gens ne s’y attendent.»
Son équipe a réalisé une analyse comparative de l’anatomie de 532 crânes d’humains et de 14 espèces de singes, centrée sur 46 différences anatomiques — dont 9 dans la région du menton. Le fait de mesurer ces différences leur a permis de dresser un «arbre généalogique». Et en se basant sur la vitesse à laquelle la génétique permettrait à de tels traits d’évoluer, ils en concluent que 6 des 9 traits de la région du menton ne semblent pas dépendants du processus évolutif.
Le menton ne serait donc rien de plus que ce qu’il est : une extension osseuse de notre maxillaire inférieur. En biologie, on appelle ça une trompe (en anglais, «spandrel») : un caractère dont l’apparition n’est pas liée directement à une adaptation.
Mais s’il n’est qu’un effet secondaire de l’évolution, de quoi alors notre menton serait-il l’effet secondaire? En théorie, de plus qu’une chose : d’une part, lorsque nos ancêtres se sont mis à marcher sur deux pattes, leur crâne a progressivement été réaménagé, pour faciliter cette nouvelle perspective sur le monde.
D’autre part, des changements dans l’alimentation ont rendu moins nécessaires de larges dents à l’avant et de puissants muscles pour mâcher, faisant reculer au fil du temps les os du maxillaire supérieur. Ce qui a rendu en comparaison le maxillaire inférieur plus proéminent — d’où, le menton.