Le dumping en provenance de l’Asie et les tarifs américains sont pointés du doigt par l’entreprise pour expliquer cette fermeture.
Les deux installations de l’entreprise, à Sainte-Croix et Coaticook, cesseront graduellement leurs opérations dans les prochaines semaines, ce qui met fin à 86 ans d’histoire manufacturière. Les 126 employés, qui seront en poste et rémunérés encore plusieurs semaines, ont été avisés de cette décision ce matin.
De 2022 à 2025, les ventes de Meubles South Shore ont diminué de 77 %. L’entreprise a fait savoir par voie de communiqué que l’imposition des tarifs douaniers envers certains pays asiatiques a fait que ces derniers ont redirigé un volume additionnel de leur produit vers le Canada alors que les tarifs imposés par les États-Unis envers le Canada ont ralenti les exportations vers le marché au sud de la frontière. «La demande a tout simplement disparu des deux côtés de la frontière», a déploré l’entreprise.
« Il s’agit d’une situation extrêmement difficile pour notre famille, mais aussi pour nos employés qui ont fait preuve d’un dévouement et d’une résilience exceptionnels au cours des derniers mois. Nous tenons à remercier chacun d’entre eux pour leur engagement envers l’entreprise. Nous avons tout tenté pour maintenir nos opérations et leurs emplois, mais il nous est devenu impossible de poursuivre nos opérations dans un marché où les règles de l’Organisation mondiale du commerce ne sont pas respectées », déclare Charles Laflamme, directeur général de Meubles South Shore.
Cette fermeture contraste avec la situation dans laquelle se trouvait l’entreprise il y a quelques années à peine. Pendant la pandémie, elle avait atteint des sommets au niveau de ses ventes et avait investi d’importantes sommes d’argent pour son automatisation afin d’augmenter sa productivité.
Face à cette fermeture, South Shore lance un avertissement aux gouvernements. Leur fermeture devrait servir de signal d’alarme.
« Si les meubles se vendent à des prix inférieurs à nos coûts de matières premières, très peu d’entreprises canadiennes peuvent survivre. L’essentiel de la matière première de Meubles South Shore provient de l’industrie du bois québécoise. Si nous ne protégeons pas cette chaîne de valeur, de la forêt jusqu’au produit fini, nous la perdrons pour de bon. J’invite les décideurs à se questionner sérieusement sur cette réalité qui risque de provoquer d’autres fermetures et d’agir rapidement avec les leviers légaux dont ils disposent pour aider tout un écosystème qui soutient des dizaines de milliers d’emplois », a soutenu le président du conseil de Meubles South Shore, Jean Laflamme.
Cette fermeture survient un peu plus d’un an après que l’entreprise fondée en 1904 a fait une première vague de coupes dans ses employés. Elle a aboli 115 emplois à son usine et son siège social de Sainte-Croix (97) et ses installations de Coaticook (18).
Difficile à encaisser
Le président de la Chambre de commerce de Lotbinière, Alex Boisvert, affirme qu’il s’agit d’une nouvelle difficile à encaisser, même si certains signes pointaient vers les difficultés de l’entreprise. «L’annonce que la coopérative de santé prend le relais de service dans cette installation-là laissait présager qu’il n’y aurait plus grande activité dans ces locaux-là», a-t-il mentionné.
Les très bonnes années que South Shore a connu tout juste avant et pendant la pandémie ont peut-être contribué à la chute de l’entreprise, analyse M. Boisvert. «Il y a eu beaucoup d’investissements, de mise en structure pour répondre à la demande. Ils ont très bien fait, mais dès qu’il y a le moindre ralentissement, c’est plus difficile à absorber quand on investit beaucoup.»
Malgré la fermeture, Alex Boisvert fait preuve d’un optimisme prudent pour le secteur manufacturier dans la région. «C’était l’entreprise dont la situation était la plus précaire dans la région […] On pourrait avoir d’autres surprises, mais je suis quand même sûr que le reste réussisse à tenir le coup.»
La députée de Lotbinière-Frontenac à l’Assemblée nationale, Isabelle Lecours, s’est dite «peinée» d’apprendre la nouvelle. «Je sais que l’entreprise a tout fait pour survivre à la situation économique actuelle, qui n’est pas facile dans l’industrie. J’ai d’ailleurs une pensée pour toutes les personnes qui ont perdu leurs emplois.»