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Guerre tarifaire

Le répit aura été de courte durée

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Photo : Unsplash - Steven Abraham

22 août 2026 09:49

La suspension de trois jours de l'augmentation de 50 % de tarifs sur les produits canadiens décrétée par le président américain n'aura pas permis d'en arriver à un accord. Tard vendredi soir, les négociations entre le Canada et les États-Unis ont été suspendues.

Ainsi, les tarifs supplémentaires décrétés par Donald Trump sont entrés en vigueur à minuit.

Si un accord semblait à portée de main selon les affirmations d'élus canadiens et américains plus tôt cette semaine, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a pointé du doigt, vendredi soir, le dépôt de nouvelles demandes américaines pour justifier la suspension des négociations entre les deux parties.

«Les progrès n'ont pas suffi à répondre aux objectifs que nous nous étions fixés pour les Canadiennes et les Canadiens. En conséquence, j'ai décidé ce soir de suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis et j'ai demandé aux négociateurs canadiens de rentrer à Ottawa. Ils ont travaillé d'arrache-pied, en toute bonne foi, pour défendre les intérêts des Canadiennes et des Canadiens tout au long de ces négociations, et ce, jusqu'à la dernière minute. Cependant, les modifications de dernière minute apportées aux conditions proposées par les États-Unis étaient inéquitables, non rentables et remettaient en cause la fiabilité de tout accord», a argué M. Carney, par l'entremise d'une déclaration.

Du même souffle, le premier ministre du Canada a indiqué que les États-Unis comptaient imposer des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens totalisant environ 28 G% et que le Canada imposera des droits de douane équivalents, «au dollar près, pour protéger nos travailleurs et nos entreprises».

Il a ajouté que son gouvernement allait annoncer dans les prochains jours des mesures supplémentaires «pour soutenir les travailleurs et les entreprises du Canada» tout en vantant sa stratégie économique centrale «qui fonctionne». 

«Nous faisons avancer de grands projets d'infrastructure représentant près de 500 milliards de dollars. Parallèlement à cela, nous ouvrons de nouveaux marchés d'exportation aux entreprises canadiennes. Nos accords de libre-échange actuels offrent déjà au Canada un accès préférentiel à 1,5 milliard de consommateurs et nous sommes en bonne voie de doubler cet accès d'ici la fin de l'année. La croissance économique canadienne s'accélère et nous sommes en passe d'enregistrer la deuxième croissance la plus rapide parmi les pays du G7 au cours des deux prochaines années. Notre économie crée des emplois à un rythme quatre fois supérieur à celui des États-Unis», a martelé M. Carney.

Notons d'ailleurs que Mark Carney présidera cet après-midi un conseil des ministres spécial et tiendra une réunion virtuelle avec les premiers ministres des provinces et territoires canadiens.

Inquiétudes politiques... 

L'annonce de la suspension des négociations a soulevé un vent d'inquiétudes au Québec. Par l'entremise d'une déclaration, Christine Fréchette, la première ministre sortante du Québec et cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), a déploré que l'administration américaine «ait encore choisi la confrontation». Elle a convoqué une réunion spéciale du conseil des ministres ce matin pour «mettre en place les mesures nécessaires pour soutenir les entreprises et les travailleurs qui seront touchés» par les nouveaux tarifs.

Pour sa part, Charles Milliard a donné son appui à Mark Carney dans cette «guerre économique contre la première puissance mondiale» tout en profitant pour lancer des pointes à ses adversaires.

«L’économie sera ébranlée, il va venter fort, nos entreprises seront touchées durement. Les Québécois auront besoin d’un gouvernement et d'un premier ministre qui ont de la crédibilité et qui comprennent les réalités économiques actuelles, comme nous le proposons. (...) L’instabilité péquiste et la confusion caquiste offrent des perspectives dommageables pour le Québec. Nous serons là pour offrir l’expérience et la stabilité», a déclaré le chef du Parti libéral du Québec.

Paul St-Pierre Plamondon a aussi lancé des pierres au gouvernement caquiste, tout en promettant qu'un gouvernement péquiste soutiendrait les entreprises québécoises dans cette nouvelle crise.

«Ce matin, Christine Fréchette a déclaré qu’elle ''prenait acte de l’échec''. Les expressions ''prendre acte'' et ''échec'' témoignent bien de pourquoi le Parti québécois préconise un changement d’approche depuis plusieurs années : un gouvernement du Parti québécois ne se contentera pas d’être spectateur et fera tout pour soutenir et se porter à la défense de nos entreprises québécoises. Ceci implique d’abord un changement de cap quant à l’utilisation des fonds publics», a lancé le chef du Parti québécois.

... et économiques

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a déploré la fin des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis. Le regroupement prévient que les nouveaux tarifs de 50% sur une variété de produits exportés par les entreprises du Québec, le maintien des tarifs déjà existants et la menace de nouveaux contre-tarifs canadiens «auront de graves conséquences».

«C'est le pire scénario pour les entreprises québécoises qui se concrétise aujourd'hui. (...) Face aux nouveaux tarifs, les réponses des entreprises visées sont aussi claires : elles ont besoin d'une aide financière non remboursable, pas d'un endettement supplémentaire, et ne veulent pas de contre-tarifs. Nous demandons au gouvernement fédéral de bien consulter l'industrie avant d'imposer des mesures de représailles qui pénaliserait nos propres entreprises», a déclaré Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a quant à lui accueilli avec inquiétude la suspension des négociations commerciales. «C'est un dur revers pour les entreprises québécoises qui espéraient enfin retrouver un minimum de prévisibilité dans leurs échanges avec notre principal partenaire commercial. Cette suspension fragilise d'autant plus notre économie, avec des effets qui se font sentir au-delà des secteurs visés», a affirmé Michelle LLambías Meunier, présidente et cheffe de la direction du CPQ.

Si elle salue la fermeté du gouvernement Carney, l'association réclame que les gouvernements du Québec et du Canada déploient rapidement des mesures de soutien pour les entreprises touchées, particulièrement celles exposées aux tarifs.

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