Par Érick Deschênes
Alors que son état-major avait souligné à son bilan de saison que l’incroyable parcours en série éliminatoire du Tricolore lui avait permis d’identifier ce qui devait être corrigé au sein de son alignement, le Canadien n’a toujours pas mis la main sur un centre pouvant piloter son deuxième trio sur une base régulière, n’a pas dégoté un ailier pouvant accompagner ce nouvel atout et Ivan Demidov sur sa seconde unité offensive et n’a pas réussi à attirer un défenseur droitier robuste pouvant épauler son joyau Lane Hutson, en date du 6 juillet 2026.
Malgré que les journalistes couvrant les activités de la LNH ont rapporté que Kent Hughes, le directeur général des Canadiens, ait lancé plusieurs lignes à l’eau pour corriger les lacunes de son équipe, aucun nouvel élément s’est joint à la Sainte-Flanelle depuis le repêchage à Buffalo.
Pour atténuer la colère potentielle des partisans, l’équipe de la Métropole a comme par magie annoncé les prolongations de contrat d’Ivan Demidov et de Jakub Dobeš coup sur coup, dans une belle opération de relations publiques.
Je ne suis pas de mauvaise foi, il faut lever notre chapeau à Kent Hughes d’avoir pu convaincre deux de ses jeunes talents de poursuivre leur aventure à Montréal pour des sommes raisonnables. Encore une fois, l’ancien agent de joueurs passe pour un génie de n’avoir qu’à débourser «seulement» un peu plus de 9 M$ par saison à Ivan Demidov dans le contexte inflationniste du circuit Bettman.
Pour se réjouir, on n’a qu’à voir le contrat monstre accepté par Leo Carlsson par les Flyers de Philadelphie à titre de joueur autonome avec restriction. Que les Ducks d’Anaheim égalent ou pas la proposition des représentants de la ville de l’amour fraternel, le talentueux centre suédois deviendra le joueur le mieux payé de la LNH, en signant comme saison la plus prolifique de sa jeune carrière une campagne de 67 points.
J’ai toutefois peur que les contrats accordés par le Canadien à Demidov et Dobeš ne soient le symptôme d’une organisation qui ne misera que sur le développement de ses espoirs pour s’améliorer. Comment justifier l’acquisition d’un élément qui améliorerait l’équipe sur le deuxième trio ou en défensive qui coûterait 9 M$ et plus par saison, en raison de l’explosion des salaires des joueurs dans la LNH, et éviter la zizanie dans le vestiaire alors que ses trois meilleurs joueurs offensifs (Suzuki, Caufield et Slafkovsky) gagnent chacun moins de 8 M$ et que son meilleur défenseur (Hutson) moins de 9 M$?
David Reinbacher ou Adam Engström pourraient être des options intéressantes pour être le comparse de Lane Hutson. Mais sont-ils prêts à faire le saut à temps plein dans le circuit Bettman?
Sinon, le CH n’a aucun actif dans son alignement principal et à son club-école ainsi que dans sa banque d’espoirs pour boucher immédiatement les trous sur le deuxième trio.
Alex Newhook est un couteau suisse qui peut dépanner sur la deuxième unité, mais il est davantage à sa place dans le bottom 6. Kirby Dach n’a pas répondu aux attentes et il est clairement sur les tablettes pour obtenir un nouvel actif. Florian Xhekaj obtiendra vraisemblablement sa place dans le grand club, mais son manque de vitesse le condamne lui aussi au troisième ou au quatrième trio. Michael Hage et Alexander Zharovsky poursuivront leur développement, respectivement avec son équipe universitaire et sa formation russe.
J’espère que d’ici le camp d’entraînement, Kent Hughes amènera minimalement un renfort pour son deuxième trio. Le Tricolore a pu connaître de beaux moments lors des deux dernières saisons en ne misant que sur un seul trio offensif de grande qualité. Dans une conférence où plusieurs rivaux n’ont pas hésité à bouger ou à délier les cordons de la bourse pour s’améliorer (Boston, Buffalo, Ottawa, Toronto, Floride, Tampa Bay et Washington), des architectes du Canadien actuellement timorés, selon le manque de résultats visibles, pourraient bien regretter leur pusillanimité.
Honte et espoir
Assez parlé du Bleu blanc rouge, je ne peux pas garder le silence face au scandale qui frappe l’actuelle Coupe du monde avec une nouvelle et possible affaire de corruption au sein de la FIFA.
À titre de rappel, le meilleur buteur de la sélection américaine, Folarin Balogun, a reçu un carton rouge pour avoir marché avec l’un de ses crampons sur le mollet d’un joueur bosniaque, lors du match de seizième de finale remportée par les États-Unis. Lorsqu’un joueur reçoit un carton rouge au soccer international, il écope d’une suspension automatique d’une rencontre.
Donc, normalement, Balogun n’aurait pas dû porter l’uniforme américain ce soir lors du match de huitième de finale contre la Belgique. Mais après des coups de fil du président Donald Trump à son bon ami Gianni Infantino, le président de la FIFA, le comité de discipline de l’association gérant les compétitions internationales de soccer a plutôt imposé une rare suspension avec sursis à Balogun. De quoi mettre dans tous leurs états les représentants de la Belgique ainsi que de l’UEFA, le groupe représentant les pays européens pour toute question ou compétition continentale touchant le ballon rond sur le Vieux Continent.
Après avoir vulgairement léché les bottines de Trump en novembre dernier en lui remettant le prix FIFA de la paix, un nouvel honneur drôlement ironique alors que le président américain a multiplié les interventions militaires de son pays en 2026, Infantino n’hésite plus à ne pas respecter les propres règles de son organisation uniquement pour satisfaire l’hôte principal de sa plus lucrative compétition internationale.
Déjà que la FIFA avait été entachée dans le passé par des affaires de corruption, on en est rendu même à regretter l’ère de Sepp Blatter. Espérons que cette nouvelle affaire louche au sein de la FIFA incitera ses membres à faire le ménage une bonne fois pour toutes.
Sur une note plus positive, bravo finalement à l’équipe du Canada pour son magnifique parcours lors de cette édition 2026 de la Coupe du monde. Après avoir tenu tête au Maroc en première demie, le manque d’expérience en défense centrale et le manque de talent et de profondeur en attaque de la sélection unifoliée ont fait la différence pour la sélection marocaine, qui en a profité pour terrasser les Canadiens. Mais si le programme canadien peut continuer de développer des talents, l’avenir s’annonce prometteur pour l’équipe canadienne masculine sur la scène internationale.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.