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Saint-Antoine-de-Tilly

Linge sale lavé en public

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Photo : Mélanie Labrecque

22 mai 2024 04:16

Le conflit qui oppose deux groupes d’élus à Saint-Antoine-de-Tilly s’est enrichi d’un nouveau chapitre hier soir. Une séance extraordinaire proposant la démission du conseil municipal s'est plutôt soldée en une séance de lavage de linge sale en public. Finalement, après 90 minutes d’échanges, parfois acrimonieux, aucun des conseillers n’a laissé son siège.

Une centaine de personnes s’était rassemblée par ce chaud mardi soir de mai pour connaître les raisons de cette proposition des conseillères Valérie Caron et Myriam Lambert-Dumas.

La première partie de la soirée a permis aux élues d’exposer les raisons justifiant leur proposition. Elles constatent, entre autres, que le conflit ralentit le fonctionnement de la municipalité, que les employés municipaux sont impliqués bien malgré eux en recevant des insultes de certains citoyens et que la réussite du processus de médiation est incertaine.

«De nouvelles personnes élues, ne portant pas ce conflit, seraient en meilleure posture pour accompagner la suite des dossiers stratégiques et ramener un climat de calme dans la municipalité», a résumé Valérie Caron. Les conseillères proposaient qu’ils se retirent tous de leurs fonctions, à l’exception du nouvel élu Marc Ferland.

Il s’est d’ailleurs exprimé sur la situation actuelle et demande de laisser le processus de médiation se poursuivre.

«Ce n’est pas facile les médiations, mais dans beaucoup de cas, ça marche. […] Est-ce qu’on peut laisser une chance au seul instrument qui nous reste au lieu de se chicaner ? […] Donnons-nous une dernière chance. De toute façon, la tutelle pourra toujours venir», a-t-il plaidé.

Il a également rappelé qu’une démission en bloc équivalait «à se mettre en tutelle». Seul, il ne pourrait pas mener la municipalité.

Chacun des conseillers a pu s’exprimer sur la question et s’est rangé derrière la position de M. Ferland de laisser la place à la médiation. D’ailleurs, l’ensemble des élus a déjà rencontré le médiateur et consenti à poursuivre la démarche.

Conseillères invitées à démissionner

Deux d’entre eux ont demandé aux conseillères si elles n’avaient pas envisagé de démissionner. Gaétan Laliberté les a interpellées directement.

  • Je fais juste vous poser la question, mais avez-vous pensé toutes les deux à démissionner et laisser le reste du conseil continuer et aller de l’avant de sorte qu’on puisse éliminer le conflit ? - Gaétan Laliberté
  • Oui, M. Laliberté, j’y pense après chaque séance du conseil parce que je me sens ridicule en avant, ici comme ça, avec aucune information pour me positionner sur les dossiers. Je ne suis pas plus informée que n’importe qui dans la salle. Oui, j’y pense, mais comme j’ai mentionné à plusieurs reprises, si on n’était pas là pour poser les questions, qui les poseraient ? – Myriam Lambert Dumas

Pour sa part, Louis-Gabriel Bélanger a lu une déclaration qui proposait aux conseillères de démissionner considérant l’objet de la séance. De plus, il a demandé qu’elle soit déposée [la déclaration] au procès-verbal de la soirée.  

Le ton monte

C’est à partir de ce moment que le ton a changé entre les élus. Le climat toxique qui règne sur les réseaux sociaux, le traitement de la plainte en harcèlement et le rapport de la Commission municipale du Québec (CMQ) se sont également invités dans le débat.

«Nous avons déposé une plainte conjointement pour venir soutenir nos employés, c’est ce qu’on a fait et il y a eu un biais. On considère, et on c’est pour ça qu’on est en défaveur du rapport, qu'il y a eu un défaut procédural. […] On a déposé une plainte à titre de plaignant et on a été rencontré en tant qu'accusé. […] On n'a pas travaillé pendant des mois avec la CMQ pour en arriver à un rapport de la sorte», a dénoncé Gaétan Laliberté, qui a clairement fait sentir son exaspération.

Celui-ci évoque le fait que depuis cette parution, le climat ne fait que se dégrader sur les médias sociaux. «C’est clairement de faire un cessez-le-feu sur les réseaux sociaux […] qui génère les conflits à l’intérieur du conseil. Je ne suis plus capable, on en a ras le bol.»

«Vous parlez des réseaux sociaux. C’est un symptôme de notre conflit. C’est notre conflit le problème. Quand vous parlez des réseaux sociaux, vous vous détournez du problème», a lui a répondu Valérie Caron.

Cette dernière a poursuivi en rappelant que le rapport de la CMQ faisait état de la façon dont a été gérée la plainte. Des «actes répréhensibles» et des «cas graves de mauvaise gestion» avaient été soulignés. Les conseillères, soutient-elle, avaient avisé que les personnes chargées de la traiter étaient en conflit d’intérêts.

«Quand on vous a avisé, vous ne nous avez pas écoutées, vous nous avez déconsidérées, malgré nos compétences, malgré que nous soyons des femmes engagées et pertinentes pour la municipalité depuis le départ et ça, ce n’est pas avoir confiance en nous.»

Espoir dans la médiation

Malgré le climat, les élus ont réaffirmé avoir confiance au processus de médiation.

Marc Ferland a une importante expérience dans le milieu syndical et entrevoit la médiation un peu de la même manière. «C’est comme une négociation, les gens ont des positions qui peuvent sembler diamétralement opposées. L’art, c’est de trouver le filon ou le passage où tout le monde gagne», a-t-il réaffirmé.

«Pour la médiation ? Je suis ouverte, mais ce qu’on va pouvoir traiter, c’est le fait de pouvoir s’asseoir avec les dossiers en cours. Ce ne sera pas pour régler le conflit actuel. Si tout le monde accepte d’y mettre du sien, oui, ça peut marcher», a mentionné Valérie Caron.

«J’entre dans la médiation avec espoir qu’on puisse s’asseoir et faire progresser les dossiers. Le processus peut être très long, mais je suis prête à m’entendre avec eux», a soutenu Myriam Lambert-Dumas, même si elle demandait la démission du conseil municipal.

Elle s’interroge toutefois sur la durée du processus ainsi que des sommes supplémentaires qui seront engagées par la Municipalité.

«Ce qu’on veut éviter, c’est que le conflit continue de se creuser. C’est le moment de le faire avant qu’il ne soit trop tard, lorsqu’il ne sera plus possible de tenir d’élection», a rajouté Valérie Caron. L’échéance électorale de 2025 fait en sorte qu’il ne sera plus possible d’en tenir après le mois de septembre, a-t-elle ajouté.

Au premier abord, la rencontre n’aura pas permis de faire avancer le dossier, mais pour Gaétan Laliberté, elle a permis à l’ensemble du conseil de s’exprimer.

«Ce qui a changé, c’est qu’on s’est permis de parler, ce qu’on n’avait jamais fait depuis le 17 octobre. Jamais on ne s’était permis de parler. C’est vrai qu’on lave notre linge sale, mais c’est la première fois. Quand on regarde l’opposition agir de la sorte, à outrance, une fois après l'autre... À force de te faire frapper dessus, tu veux te défendre», a-t-il expliqué.

 

 

 

 

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