Par Renaud Labrecque
La logique est pourtant simple. C’est exactement comme vouloir se laver les mains alors que les tuyaux fuient. En augmentant la pression, on obtient temporairement plus d’eau, oui bravo! Mais, pendant ce temps, les fuites empirent derrières les murs. Et tôt ou tard, tout finit par casser.
Albert Einstein disait : «La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent». C’est exactement ce qu’ils font avec la gestion des fonds publics.
Jamais on n’entend publiquement qu’ils dépensent trop, que l’argent public est mal utilisé et qu’il faut corriger les façons de faire. Jamais. Comme si toutes les dépenses étaient nécessaires. Comme si tout fonctionnait déjà de façon optimale. Comme s’il n’existait aucune autre option.
Pourtant, une évidence saute aux yeux. S’ils cessaient de verser des millions, même des milliards en subventions à des organismes et à des entreprises, autant au provincial qu’au municipal, et s’ils conservaient cet argent, chèrement gagné par les citoyens, pour les infrastructures, la situation serait bien différente. Le rôle du provincial, du municipal n’est pas de jouer à la vache à lait avec l’argent public ni de nourrir un syndrome institutionnel de chevalier blanc.
Un exemple illustre brutalement cette dérive. D’un côté, le gouvernement annule un projet concret de garderie à Val-Alain en invoquant une explosion des coûts, alors qu’il est encore à l’étape des estimations et qu’aucun appel d’offres n’a été lancé. De l’autre, il distribue des millions perdus en subventions ou il accepte des millions en extras sur des projets. Autrement dit, il bloque des projets essentiels pour les familles pendant qu’il gaspille ailleurs, sans rigueur, pour des motifs idéologiques. Le même argent, bien investi, aurait permis de réaliser des centaines de projets comparables pour les familles et pour l’avenir de nos régions. Mais, il préfère rouler les dés plutôt que d’appuyer des projets concrets, directement utiles aux citoyens. Vous n’avez pas besoin de réinventer la roue, seulement suivre le principe SMART pour vos projets. Ils doivent être, spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporels.
Cette approche est trop grise et terre à terre, vous préférez prendre des risques avec ce que vous croyez être de l’argent Monopoly. Pourtant c’est leur argent, c’est notre argent. Celui que les citoyens versent, année après année.
Le problème, ce sont les dépenses, les priorités, la gouvernance et l’imputabilité. En fait, ils ne respectent aucune lettre d’un principe fort simple.
On constate aussi ce dangereux réflexe politique de vouloir jouer les sauveurs avec l’argent des autres ; la multiplication des taxes ciblées, des frais spécialisés, des taxes environnementales, des surtaxes sur les ordures, des taxes sur les stationnements, des tarifications pour des projets précis. On ne finance plus la ville ensemble. On fragmente la population. On crée des catégories de citoyens et des catégories de payeurs. On déchire le tissu social.
Pourquoi? Parce que politiquement, c’est beaucoup plus confortable. On peut toujours affirmer que ce n’est pas une taxe, mais une redevance. Que ce n’est pas une hausse, mais une mesure ciblée. Que le citoyen pourrait l’éviter s’il changeait son comportement, mais dans son portefeuille, il n’y a aucune différence. C’est toujours plus d’argent à payer.
Le cynisme est aussi accentué par la manipulation des mots. On ne parle plus de densification : on parle de densification heureuse. On ne parle plus de réduction des espaces privés : on parle d’optimisation du territoire. On ne parle plus de surcharge des réseaux : on parle de vitalité urbaine. On ne parle plus de contraintes : on parle de transition.
Ils adoucissent les termes parce que, fondamentalement, ils savent que ce n’est pas ce que souhaite la majorité des citoyens. La densification est négative pour une grande partie de la population, que vous le vouliez ou non.
La majorité des citoyens veulent des choses simples : un quartier sécuritaire, de l’espace, de la tranquillité, un milieu de vie stable pour leurs enfants ou un endroit paisible pour vieillir. Contrairement au discours dominant, la majorité ne rêve pas de vivre dans des milieux toujours plus denses. Elle rêve de respirer, de circuler, de se stationner, de marcher, d’avoir un terrain, sans être constamment en conflit avec les règlements et l’aménagement.
Elle rêve simplement d’ouvrir la porte et de laisser les enfants jouer dehors sur le terrain en sécurité pendant qu’on prépare le souper. Pas d’ouvrir la porte sur un boulevard ou sur un balcon minuscule au huitième étage, mais leur offre-t-on réellement ce choix? Surtout lorsqu’ils diabolisent de plus en plus ce que nos régions offrent naturellement.
Aujourd’hui, la densification est devenue une source directe de tensions sociales et paradoxalement, on continue d’investir des millions pour corriger des problèmes causés par leurs propres décisions. Ils compactent les milieux. Ils réduisent les espaces verts naturels. Puis, quelques années plus tard, ils investissent massivement pour lutter contre les îlots de chaleur. Ils financent des forêts urbaines. Ils subventionnent la plantation d’arbres pour réparer un environnement qu’ils ont eux-mêmes brisé. Tout ça avec l’argent des autres! C’est l’illustration parfaite d’une mauvaise gestion des fonds publics : ils paient une première fois pour créer le problème, puis une deuxième fois pour tenter d’en corriger les effets.
Voilà pourquoi l’exode rural n’est pas un phénomène négatif, contrairement à ce que l’on tente de faire croire. En région, la sécurité, la tranquillité et la qualité de vie existent déjà, sans devoir être fabriquées à coups de millions. Lotbinière, Thetford, Portneuf, Bellechasse et pleins d’autres ont ça pour vous naturellement.
Pendant ce temps, certaines villes dépensent des millions pour tenter de recréer artificiellement ce que nos régions offrent naturellement. Ce n’est pas un hasard si les banlieues et les territoires en périphérie connaissent une forte croissance. Les jeunes familles, les travailleurs et les retraités savent très bien où se trouve la qualité de vie.
Et aux municipalités qui bénéficient de cet exode, un rappel s’impose : ces gens sont venus chez vous pour fuir les effets négatifs des grands centres. Ne reproduisez pas ces mêmes erreurs en multipliant taxes et règlements même si créer une nouvelle taxe est plus simple que de remettre en question une structure ou une façon de faire. Parce que oui, il est toujours plus facile de faire payer que de mieux gérer.
On doit regarder la véritable source du problème : l’incapacité d’offrir une gestion rigoureuse, responsable et pleinement imputable de l’argent public.
Dans ce texte, j’ai utilisé le «ils» plutôt que le «nous», car dire «nous» serait un manque de respect envers les citoyens… et envers moi-même : nous n’avons absolument rien à voir avec ces décisions. Le «ils», lui, responsabilise les vrais acteurs. Plusieurs se cachent derrière un «nous», mais le «nous» déresponsabilise. C’est pourquoi le «ils» s’impose.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.