Peuple Lotbinière (PL) : Pouvez-vous expliquer ce qui vous a mené à cette décision ?
Christian Laroche (CR) : Depuis que les citoyens ont reçu leur compte de taxes, il y a eu un mécontentement par rapport à l’augmentation. C’est une chose. Depuis que je suis revenu de vacances, ça n’a pas arrêté. On avait des commentaires réguliers de gens qui venaient à la municipalité ou sur les réseaux sociaux. Nous étions à l’écoute de la population, mais les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont aujourd’hui, l’information va vite. Il y a des commentaires qui sont parfois un peu déplacés qui se sont propagés.
Depuis que je me suis engagé, en avril 2025, je m’étais toujours dit : j’ai une famille, des enfants en bas âge, une entreprise à Saint-Antoine-de-Tilly. Je m’étais toujours dit que si ça venait à dépasser une certaine limite… Je m’étais mis certaines limites. Donc, cette semaine, ça s’est précipité sur les réseaux sociaux, on s’était même dit avec les conseillers qu’on arrêtait de regarder ce qui s’y passe.
Ça nous rattrape vite. Parfois, il y a des gens qui nous partagent des choses, on est tous humains et j’ai trouvé qu’hier (17 février), certains commentaires ont dépassé les limites.
Quand on s’engage en politique, ça prend une sorte de flamme concernant la détermination et l’engagement envers sa communauté et, hier, cette flamme-là, elle s’est éteinte, malheureusement. C’est dommage parce qu’il y a beaucoup de citoyens qui nous appuyaient, qui étaient contents que l’harmonie soit revenue au sein du conseil. Ils considéraient qu’on s’en allait dans une bonne direction, mais ça a pris une autre tournure.
Je comprends la grogne des gens par rapport à l’augmentation des taxes. On y était très sensibles et on voulait en parler aux gens et essayer de proposer des solutions, mais certains événements sont arrivés et ont précipité mon départ.
PL : Avez-vous reçu des menaces ?
CR : Ce n’était pas des menaces, mais des commentaires qui sont allés trop loin. Présentement, ces commentaires ont été retirés. Ce que je déplore, c’est que sur le groupe de Saint-Antoine-de-Tilly [sur les réseaux sociaux], il y a un contrôle de l’information. Ceux qui émettent des commentaires constructifs sont bloqués ou effacés, mais les commentaires disgracieux sont toujours là. Hier, ç’a été un peu trop loin dans les commentaires, mais pas au point de dire que je me suis fait menacer au niveau de ma sécurité.
PL : Les citoyens qui se sont présentés hier (17 février) ont trouvé dommage que vous ne soyez pas venu expliquer votre décision. Auriez-vous dû vous présenter et le faire ?
CR : J’ai informé le directeur général de ma décision vers 16h. J’étais sur le coup de l’émotion. Il y avait une séance qui était prévue et j’ai considéré que ce n’était pas le bon moment de me présenter devant tout le monde. Cela ne veut pas dire que je voulais me dérober, et ne pas faire face aux citoyens, mais la façon dont ça s’est déroulé et comment c’est allé rapidement, je n’étais pas en mesure de le faire. Je compte tout de même m’adresser aux citoyens dans une lettre ouverte.
C’est vraiment à contrecœur que j’ai pris cette décision parce que j’adorais ce que je faisais et que je voulais vraiment m’impliquer pour Saint-Antoine et faire avancer les choses. J’ai fait un choix, ma priorité, c’est ma famille, ma santé, ma santé mentale et mon entreprise.
PL : Le climat sur les réseaux sociaux a toujours été tendu à Saint-Antoine-de-Tilly, vous saviez dans quoi vous mettiez les pieds. Est-ce que c’est l’accumulation qui vous a poussé à prendre cette décision ou les taxes ?
CR : Ce n’est pas seulement relié à la hausse des taxes. Dans une petite municipalité, il y a des gens que l’on connaît, qu’on côtoie, avec qui on parle, qui sont des clients. Cette proximité, le fait que ça vienne de personnes que l’on connaît, ça fait qu’à un moment donné ça vient nous chercher. Je ne regardais plus mes réseaux sociaux depuis une semaine. On sait qu’en politique, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais à un moment donné, il y a une certaine limite. Oui, il y a eu une accumulation, mais aussi un débordement et j’ai pris le choix de quitter.
Ce n’est pas en lien avec les taxes. On voulait rencontrer les citoyens hier soir. On voulait écouter. Il y avait une pétition qui s’en venait, on en était conscient de ça et on voulait proposer des solutions. Malheureusement, la séance n’a pas eu lieu. Le conseil pourra s’occuper de la suite, mais plusieurs conseillers sont en réflexion sur leur avenir. Ce n’est pas terminé.
PL : Dans ce contexte, est-ce que la Municipalité est gérable ? Comment la Municipalité fera pour trouver un nouveau maire ?
CR : Je ne sais pas qui voudra se présenter avec tout ce qui s’est passé. Je voudrais dire une chose, je ne m’adresse pas à tout le monde. Je ne mets pas tout le monde dans le même bateau, mais je pense qu’un moment donné, en tant que communauté, que petite municipalité, je pense qu’il y a un examen de conscience à faire, que certaines personnes doivent faire. Je pense qu’on est rendu-là. Ce n’est pas normal, ce n’est pas vrai que toutes les personnes qui sont allées là étaient mal intentionnées. Nous avions rétabli une harmonie au sein du conseil. Les gens étaient contents. Ils nous le mentionnaient.
À Saint-Antoine-de-Tilly, il n’y a pas de développement, on est bloqué avec de gros dossiers d’eau qui n’avancent pas à la vitesse à laquelle on voudrait. Ce n’est pas vrai que l’eau n’est plus notre priorité, on travaille là-dessus tout le temps. Le développement de Saint-Antoine passe par là, on n’a pas le choix de considérer ce dossier-là en priorité. Cependant, ce n’est pas vrai qu’on doit tout arrêter. Il y a des choses comme le parc qu’on peut avancer. Il y a des sous-investissements partout à Saint-Antoine-de-Tilly, il y a des mises à jour à faire.
Oui, le budget a augmenté, on voulait investir là-dessus, il y a des infrastructures municipales aussi qui sont à entretenir. Le centre communautaire, entre autres, il n’y a jamais eu d’argent qui a été investi. Il faut voir ça dans son ensemble.
PL : Que souhaitez-vous dire à vos concitoyens en terminant ?
CR : Je suis fier, dans le peu de temps que j’ai été là, d’avoir réussir, avec les conseillers, d’avoir ramené au moins l’harmonie au conseil. On travaillait tous dans le même sens pour avancer. Oui, j’ai des regrets de quitter. On a voulu mener à bien certaines choses ensemble.
Je dirais à ceux qui voudraient se lancer dans la course, il faut qu’ils pensent à eux. Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous rattrapent tellement vite. Même si ce n’est pas la majorité des gens qui pensent de cette façon, ça nous rattrape vite quand même.
J’espère que Saint-Antoine-de-Tilly va trouver une personne avec qui aller de l’avant et en qui les gens auront confiance.