Par Renaud Labrecque
Et aujourd’hui, ils jouent les surpris. Comme si c’était imprévisible. Comme si personne n’avait rien vu. Et après avoir frappé le mur, ils nous arrivent avec de «nouvelles solutions». Des solutions auxquelles ils n’avaient jamais pensé… pendant qu’ils regardaient le mur se rapprocher. Comme si changer de direction après l’impact relevait d’un éclair de génie.
Mais un changement de direction, ça se fait avant de frapper le mur. Après, il n’est plus question d’éviter le mur. On parle de dégâts, et gérer les dégâts nécessite bien plus qu’un simple changement de direction.
Mais le vrai problème est encore plus profond.
Le vrai problème, c’est qu’on ne cherche plus à corriger notre trajectoire. On cherche à financer les conséquences de nos erreurs.
Depuis des années, au municipal, au provincial et au fédéral, on a choisi la facilité. Reporter les décisions ennuyeuses, multiplier les programmes, ajouter des couches. Annoncer, dépenser, inaugurer… Et remettre à plus tard l’entretien de ce qu’on a déjà.
Mais «plus tard», c’est aujourd’hui.
Résultat : on ne parle plus de saine gestion, on parle de revenus. Chaque problème devient une opportunité d’aller chercher plus d’argent. Une taxe de plus, une tarification de plus, une contribution de plus, toujours présentée comme temporaire, toujours justifiée par l’urgence.
Ce qu’on vit aujourd’hui, ce n’est pas une crise imprévisible. C’est une accumulation. L’addition de choix répétés. Des choix où la facilité politique a pris le dessus sur la rigueur administrative. Des choix où on a volontairement trafiqué la notion d’investissement et de dépense pour rendre la facture plus acceptable.
Et c’est là que ça a dérapé.
Parce qu’au lieu de se demander comment mieux gérer, on se demande comment aller chercher plus. Et ça, n’importe qui peut le faire. Aujourd’hui, on ne corrige pas les fuites : on augmente le débit. On ne simplifie pas : on alourdit. On ne revoit pas les priorités : on en invente. On continue d’empiler des projets, souvent sans penser aux coûts d’entretien qu’ils vont générer… et ils appellent ça créer de la richesse.
Mais créer de la richesse à même la poche des citoyens, ce n’est pas de la richesse. C’est un transfert et ce transfert a atteint ses limites.
Au municipal, cette réalité frappe encore plus fort parce que c’est là que ça se livre pour vrai. Quand une route est à refaire, elle est à refaire. Quand un réseau d’eau lâche, il faut intervenir. Quand un citoyen appelle, il faut répondre. Pas de théorie que du concret.
Et malgré ça, la même logique revient : charger plus plutôt que revoir en profondeur. Pourquoi? Parce que c’est plus simple, plus rapide et politiquement moins risqué. Mais chaque fois qu’on choisit ça, on repousse le vrai débat; celui de l’efficacité, celui des priorités, celui du courage.
Parce que ça prend du courage pour dire non, pour couper, pour revoir des programmes, pour admettre qu’on s’est trompé. Et surtout, ça prend du courage pour dire : on va faire mieux avec ce qu’on a déjà, pas parfait, pas magique, mais mieux.
Aujourd’hui, continuer comme avant n’est plus une option, pas pour des raisons idéologiques, pour une raison simple : c’est mathématique. La capacité de payer a une limite. Plus on attend, plus les décisions seront brutales. Plus elles seront dures à avaler… mais elles deviendront inévitables et c’est là qu’on est!
La question n’est plus de savoir s’il faut changer d’approche. C’est de savoir qui aura le courage de le faire. À force d’éviter les décisions difficiles, on finit toujours par en créer des pires.
Peut-être que la solution est plus simple qu’on le pense : revenir à la base.
Gérer avant de demander plus. Optimiser avant d’augmenter. Entretenir avant d’annoncer. Responsabiliser et sanctionner lorsque c’est nécessaire. Parce que l’imputabilité des élus et des fonctionnaires, c’est aussi une vraie preuve de respect envers les citoyens.
La vraie richesse, ce n’est pas ce qu’on prélève. C’est ce qu’on livre sans devoir en demander davantage. Et surtout, la vraie force, c’est de reconnaître ses faiblesses et de les affronter. Pas de les contourner. Encore moins de les empiler. Et c’est là que la différence se fait.
Certaines personnes, prises dans des dépendances comme l’alcool ou le jeu, arrivent à se regarder en face. Elles reconnaissent que leur trajectoire ne mène nulle part… et font le choix de changer.
D’autres, comme certains politiciens, face à des problèmes pourtant évidents et connus depuis longtemps, préfèrent les repousser, les maquiller ou les diluer. Tout, sauf faire le choix de changer.
Alors la question est simple : Est-ce qu’on fait le choix de changer?
Ou est-ce qu’on normalise, tranquillement, l’effondrement de notre système sous nos yeux?
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.