Par Érick Deschênes
À titre de rappel, le CF Montréal a décidé dimanche de congédier son entraîneur-chef et ancienne légende du club, Marco Donadel, après le début de saison calamiteux de sa troupe. Il s’agit du 12e changement d’entraîneur pour le club montréalais depuis ses débuts en MLS… il y a 14 ans. On en est donc à une moyenne d’un nouvel entraîneur quasiment par saison.
Je reviendrai plus tard dans mes pistes de solution sur les dommages de cette instabilité, mais Donadel était loin d’être aussi performant sur le banc de touche comparativement à ses années à bloquer les attaques adverses dans le rectangle vert alors qu’il était milieu défensif.
Choix tactiques douteux et gestion bizarroïde de son personnel ont mené le CF Montréal dans les bas-fonds de la MLS en ce début de saison 2026. En sept matchs, la troupe montréalaise n’a pu savourer les joies de la victoire qu’à une seule reprise. Lors des six autres parties, le CF a enregistré six défaites, dont deux alors que l’équipe de la Métropole a profité pendant de longues minutes de l’avantage d’un homme à la suite d’une expulsion d’un adversaire sur carton rouge.
L’insulte à l’injure est survenue samedi alors que le club fondé sous le nom de l’Impact a perdu contre Philadelphie, un club qui n’avait alors aucune victoire, lors de son premier match de la saison à la maison.
Quoi faire pour sauver cette équipe qui est de plus en plus une risée et de plus en plus détestée par les amateurs de soccer de la Belle Province? Je ne suis pas Alex Ferguson ou Arsène Wenger, mais voici quelques idées pour renverser la vapeur.
1) Trouver le bon entraîneur pour le projet et le garder
Le CF Montréal est la preuve éclatante qu’une organisation sportive a besoin d’une relative stabilité à sa barre pour progresser, maintenir ou améliorer ses résultats. Depuis le départ fracassant de Wilfried Nancy en 2022, le club montréalais s’est planté à trois reprises avec ses successeurs, malgré des signaux clairs à travers la MLS et la planète foot que ces entraîneurs auraient d’emblée des difficultés à la barre du club de la Métropole.
Il était connu qu’Hernán Losada était un expert pour attiser des conflits avec ses joueurs, Laurent Courtois n’avait jamais dirigé les destinées d’une équipe première professionnelle avant son arrivée à Montréal et Marco Donadel n’a impressionné personne avec ses résultats lors de ses précédentes expériences de coaching.
Je tomberais en bas de ma chaise que Wilfried Nancy, libre sur le marché après sa courte expérience à la tête du Celtic FC (Écosse), accepte de revenir à la barre du CF après sa dispute avec la famille Saputo, propriétaire de l’équipe. Mais le CF Montréal a désespérément besoin d’un entraîneur d’expérience, mais qui est aussi un bon pédagogue. Exactement, le profit de Wilfried Nancy. Comme le club de la Métropole n’aura jamais les moyens financiers d’un Inter Miami ou des clubs de Los Angeles pour attirer plusieurs grands joueurs, il ne peut miser que sur un club misant sur les jeunes pépites.
Mais pour qu’un club misant sur ce type de joueurs se démarque comme le CF Montréal l’a fait sous la houlette de Wilfried Nancy en 2022, il a besoin d’entraîneurs pédagogues qui ont assez de temps pour implanter leur système de jeu et leur philosophie.
Est-ce qu’un Mauro Biello, ancienne étoile de l’Impact de Montréal autant sur le terrain que sur le banc, ou un Jim Curtin, l’ancien entraîneur-chef de Philadelphie qui a connu de beaux succès de 2014 à 2024 dans ce club ayant la même vision que le CF Montréal, pourrait enfin relancer le CF?
2) Miser sur le talent d’ici
Dans sa quête pour obtenir des pépites que le club pourra céder dans quelques années à des clubs européens pour garnir ses coffres de banque, le CF Montréal opte depuis quelques saisons sur le recrutement de talentueux espoirs européens, notamment en Ukraine.
Mais pour le moment, ces importants investissements ne rapportent pas autant sur le terrain que pour les finances de l’équipe, l’exemple le plus frappant étant celui du milieu de terrain ukrainien Hennadiy Synchuk.
Plutôt que d’investir de bonnes sommes pour attirer des espoirs étrangers dans ses rangs, le CF Montréal devrait conserver ces sous pour investir dans le recrutement de joueurs étrangers d’expérience dont le talent est déjà confirmé ainsi que pour conserver les Québécois ayant confirmé leur place en MLS. Il est désolant, entre autres, de voir Mathieu Choinière, qui a tellement été un joueur important pour le CF Montréal et toujours dans la fleur de l’âge, briller désormais sous le maillot d’un autre club de la MLS.
En ce qui a trait au développement d’espoirs, le club montréalais pourrait compenser en améliorant son système de détection des talents québécois et miser sur le talent local. Il est inconcevable que le club montréalais n’ait même pas profité du dernier repêchage de la MLS pour mettre le grapin sur un ancien joueur de son Académie, le milieu Charles-Émile Brunet.
Lors de ses meilleurs moments en MLS, c’est cette formule qui a permis au club montréalais de connaître du succès. Didier Drogba, Laurent Ciman ou Nacho Piatti côtoyaient les Wandrille Lefèvre, Maxime Crépeau et Anthony Jackson-Hamel.
3) Construire des ponts
Ce changement d’orientation dans le recrutement permettrait également d’améliorer un sentiment d’appartenance qui a mangé plusieurs coups au cours des dernières saisons, autant à l’intérieur de l’équipe qu’auprès des partisans. Les fidèles du club sont, dans le meilleur des cas, complètement désabusés.
Malheureusement, et on pouvait le constater dans les commentaires sous la publication sur la page Facebook de l’équipe annonçant le renvoi de Marco Donadel dimanche, la majorité d’entre eux sont désormais indifférents, plusieurs même souhaitant la fin des émissions pour le CF comme ils préfèrent le FC Supra, le nouveau club québécois évoluant dans la Canadian Premier League (un circuit professionnel canadien d’un niveau inférieur à la MLS).
Un premier geste en direction des partisans, je l’avoue compliqué en ce qui a trait au marketing, serait de mettre fin au nom CF Montréal et renommer l’équipe Impact de Montréal. L’opération de rebranding désirée par l’ancien président du club Kevin Gilmore a provoqué une importante déchirure entre les partisans et le club qui n'a jamais été guérie.
Aussi, si le CF Montréal a consenti plusieurs efforts pour nouer des partenariats avec des clubs de soccer amateurs au Québec, la franchise devrait accentuer ses efforts en ce sens. De plus, la conclusion d’un partenariat avec le FC Supra serait judicieux.
En raison de ses modestes moyens financiers, le CF Montréal ne peut disposer d’une équipe réserve qui évolue dans un circuit inférieur, comme la majorité des clubs professionnels, pour développer ses jeunes talents qui ne sont pas encore prêts pour la grande ligue ou pour maintenir la forme de vétérans qui n’ont pas pour le moment de place avec le grand club.
Désirant n’aligner que des joueurs québécois, le FC Supra pourrait jouer le rôle de club-école pour le CF Montréal, comme le Rocket de Laval pour le Canadien de Montréal, et combler une lacune qui fait mal au club montréalais depuis un certain temps.
En conclusion, peu importe le chemin qu’elle prendra, la famille Saputo doit agir et apporter d’importants correctifs. Si elle ne renverse pas la vapeur, elle risque de voir son club professionnel agoniser et évoluer de plus en plus devant des gradins vides.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.